top of page

BLOGUE

Un foin de qualité "Cheval"

Dernière mise à jour : 21 juin 2018



C’est le temps des cultures! La plupart des propriétaires d’écurie débutent l’entreposage du foin pour l’année à venir, et c’est toujours un peu stressant : la qualité est-elle appropriée pour les besoins des chevaux, et sera-t-elle conservée tout au long de l’année?


Comment reconnaître un foin de bonne qualité? Faut-il privilégier la première ou la deuxième coupe? Graminées ou légumineuses? Comment justifier le prix?




Ayant gardé plusieurs chevaux différents, dont une jument sensible à l’insuline, des jeunes poulains en croissance et un individu âgé présentant une faible condition de chair, nous avons dû adapter nos pratiques pour répondre aux besoins spéciaux de chacun, sans toutefois compromettre la philosophie d’alimentation « au naturel » et la vie en troupeau de nos animaux. Pour y arriver, nous avons dû expérimenter et remettre en question plusieurs croyances, idéologies et principes de productivité, pour finalement trouver des solutions et un équilibre optimal... Et puisque le foin est l'élément principal du programme alimentaire, il a été au coeur de nos préoccupations et ce, tout au long du processus!


Ce mois-ci, nous résumons les résultats de nombreuses recherches effectuées au fil des dix dernières années, concernant la qualité du foin et les réalités du marché québécois.



Qu’est-ce que c’est, un foin de qualité « cheval » ?



Tout d’abord, de façon simplifiée, on détermine la qualité du foin par son apport nutritif, lequel est mesuré principalement par la teneur en protéines, en vitamines/minéraux, en sucres et par le ratio de fibres indigestes (la lignine).


Malheureusement, si vous demandez à différents intervenants quelles sont les caractéristiques nutritives d’un "bon foin", vous obtiendrez autant de réponses qu’il y a d’individus consultés. L’opinion varie énormément en fonction du besoin des chevaux, de la régie d’écurie et de la productivité (entre autres), mais il y a aussi plusieurs croyances populaires qui perdurent.


À la fin de cet article, vous trouverez les préférences d’Espace Équestre et les motivations derrière nos choix, lorsque vient le temps de produire ou d'acheter du foin.


Voici donc les éléments à considérer, car ils ont une influence directe sur la qualité du produit et, par conséquent, sur la santé de nos chevaux.



1) Absence de moisissures


Bien qu'il y ait plusieurs opinions différentes concernant la qualité du foin, il y a moins un consensus: le foin pour chevaux doit être exempt de poussières et de moisissures.


En fait, la « poussière » est causée par les spores des moisissures, et se présente sous forme de « fumée » grise ou bleutée lorsque vous ouvrez une galette bien pressée.


L’odeur est caractéristique : ça sent mauvais, et si vous la respirez vous-mêmes, ce sera très irritant et déplaisant!


Souvent, la balle qui présente des moisissures sera plus lourde que les autres, et vous verrez des « taches » brunes, blanches ou grises avec des brins de foin « collés » ensemble.



Ce phénomène survient lorsque le foin est pressé (mis en balles) avant qu’il ne soit suffisamment sec, ou lorsque les balles sont exposées aux intempéries: une fois l’humidité « trappée » à l’intérieur, une réaction chimique se produit. Pendant le processus, il y a aussi une production de chaleur, et ceci peut causer de la combustion spontanée. C'est d'ailleurs une cause fréquente d'incendies de fermes.


Un foin poussiéreux peut causer des dommages irréversibles au système respiratoire des chevaux. Aussi, les mycotoxines sont responsables de plusieurs autres problèmes de santé. Dans tous les cas, c’est à proscrire!


Selon la croyance populaire, les « petites balles carrées » sont moins à risque que les « grosses balles ». Ceci dit, à notre avis, peu importe la grosseur de la balle : c’est plutôt le % d’humidité au moment de presser qui importe.



2) Type de plantes et stade de coupe



La composition de la prairie (type de plantes) ainsi que le moment choisi pour la coupe, sont deux facteurs qui influencent grandement la qualité nutritive du foin.


Composition:


En règle générale, les graminées (mil, brome, dactyle, fétuque) sont reconnues pour être moins « riches » car leur teneur en protéines est habituellement moins élevée que celle des légumineuses (luzerne, trèfle, lotier). Elles ont aussi un apport moins élevé en lignine (fibre indigeste). Par contre, elles peuvent être plus « sucrées », surtout si elles sont coupées en après-midi.


Selon la croyance populaire, il serait préférable de nourrir les chevaux aux besoins nutritifs élevés (poulains, juments en lactation, vieux chevaux, etc.) avec un foin contenant beaucoup de luzerne, puisque cette variété a une teneur élevée en calcium et en protéines. Or, cette pratique peut causer un déséquilibre des minéraux essentiels et une trop grande teneur en protéines, ce qui peut entraîner d'autres problèmes graves, notamment l'OCD.


Dans la majorité des cas, une composition de maximum 30% en légumineuses est conseillée.


Par ailleurs, il convient de porter attention à la présence de mauvaises herbes ou de plantes toxiques. Cliquez ici pour en savoir davantage à ce sujet. Nous déconseillons d’acheter une récolte contenant du trèfle Alsike, lequel est largement utilisé pour la production de foin destiné aux vaches, mais qui peut être nocif pour les chevaux.

Enfin, s'il y a de la fétuque ou du ray-gras, il est important de vérifier que le semis est certifié "sans endophyte".


Trèfle Alsike


Moment de la coupe:


Plus la plante grandit, plus ses fibres se transforment avec la croissance des tiges, et ces dernières deviennent de plus en plus rigides avec la maturité.


C'est donc le stade de croissance (au moment de la coupe) qui détermine la digestibilité de la récolte. Dans l’analyse chimique, ceci correspond aux valeurs ADF et NDF.


Il est à noter que, pour un même stade de coupe, les graminées sont moins élevées en lignine (fibre indigeste) que les légumineuses.


Un foin coupé tardivement est très « grossier » et d'apparence "pailleux". Ceci peut être problématique pour les chevaux, car il est plus difficile à mâcher, requiert plus d’eau pour être digéré (donc peut causer des coliques) et il est moins appétant, en plus d’être moins nutritif.


Cependant, un foin trop jeune peut être trop riche et pas suffisamment productif pour qu’il vaille la peine de le cultiver.


Il y a donc un compromis à faire : idéalement, on choisira de couper l’herbe dès le début de l’épiaison, car c’est à ce moment qu’on obtient un ratio productivité/qualité optimal.




3) Première vs deuxième coupe


Quelle est la différence entre un foin de première coupe et celui de deuxième ou troisième coupe?



En général, si votre foin est mixte (graminées + légumineuses), la première coupe sera plus équilibrée, car la deuxième coupe est habituellement beaucoup plus élevée en % de légumineuses, ceci principalement à cause de la profondeur des racines permettant puiser l'eau en temps plus sec.


Par ailleurs, certaines graminées produisent des tiges une seule fois dans la saison, et remontent ensuite seulement en feuilles (après la première coupe). Ainsi, une première coupe de graminées sera un peu plus élevée en fibres indigestes que la deuxième coupe, à cause de la présence des tiges.


Typiquement, le foin de deuxième coupe sera d'une couleur vert foncé, et les brins seront plus souples et fins. Ce foin sera plus digestible, puisqu’il y moins de tiges provenant des graminées mais beaucoup de feuilles. Si le foin est mixte, il y aura aussi davantage de légumineuses dans la composition. L’apport nutritif sera donc plus élevé, peut-être même trop élevé pour la majorité des chevaux, mais particulièrement pour ceux qui ont tendance à l'embonpoint, à la fourbure ou qui ont un syndrome métabolique.



4) Temps de séchage, météo, conservateurs


Afin de produire un bon foin aux champs, il est important d’avoir un sol sec au moment de couper et l’absence de précipitations pendant toute la durée du séchage, soit de quatre à cinq jours consécutifs, au minimum.




S’il y a des précipitations pendant le séchage au champs, il est possible de récupérer la récolte en « fannant » plus souvent dans les jours suivants, mais la plante sera alors "lessivée" de plusieurs nutriments et il y aura davantage de pertes par effritement. On reconnaît d'ailleurs un foin qui a reçu de la pluie par sa couleur plus brune/beige.


Un foin qui a été mouillé pendant le séchage pourrait s'avérer idéal pour un cheval sensible à l'insuline (s'il est bien récupéré), car les sucres auront été dissouts. Il suffira alors d'ajuster le supplément de vitamines/minéraux en conséquence.

Ceci dit, parfois il n’est pas possible de récupérer la récolte car il y a déjà présence de moisissures : dans ce cas, mieux vaut abandonner que de s’acharner.


Il est à noter que les graminées et les légumineuses n’ont pas le même temps de séchage (plus long pour les légumineuses). De notre expérience, il est donc plus fréquent que les foins mixtes (mil et luzerne) présentent des moisissures, car souvent la mise en balles est faite selon le temps de séchage du mil, alors que la luzerne n'est pas encore "à point".


Enfin, certains producteurs utilisent systématiquement des produits de conservation ou des inhibiteurs de moisissures. C’est à déconseiller selon nous, car plusieurs chevaux refusent de manger un foin qui a été traité.


Pour déceler l'utilisation de ces produits, il suffit de sentir le foin: l’odeur de vinaigre est indubitable!



5) Qualité nutritive du sol et entretien


Un autre facteur déterminant de la qualité du foin, c’est la qualité du sol qui nourrit les plantes.


D’ailleurs, il est important de savoir qu’il n’y a pas de sélénium dans le sol du QC, alors le foin d’ici ne peut pas contenir ce nutriment essentiel: un supplément est donc requis pour nos chevaux. Cliquez ici pour connaître les effets du manque de sélénium.


La texture du sol (sable ou argile) aura aussi une influence sur le type de plante qui pourra s'établir.


Mieux vaut consulter un agronome lorsque vient le temps d’ensemencer une nouvelle prairie : de manière générale, lorsque le sol est pauvre, les plantes fourragères auront beaucoup de difficulté à s’établir, à croître ou à se régénérer, ce qui favorise les mauvaises herbes opportunistes!

Dans certains cas, une application d’engrais azoté est conseillée. Nous n’aimons pas beaucoup les engrais chimiques, mais parfois cela peut s’avérer nécessaire et bénéfique...


Ceci dit, de notre expérience, certains chevaux semblent réagir à une utilisation abondante d’engrais et/ou de pesticides chimiques sur les cultures. Nous conseillons donc de diminuer au minimum l’emploi de ces produits.


Enfin, plusieurs producteurs utilisent le fumier de poule pour enrichir le sol, ce qui s’avère très efficace. Attention cependant à la qualité de ce fumier et au moment d’application : s’il n’est pas composté ou s’il est appliqué tardivement, cela peut augmenter le risque de botulisme.



6) Entreposage


Pour une conservation optimale, il est nécessaire d’entreposer le foin dans un endroit sec, aéré et frais, et d’éviter tout contact avec le sol naturel. Au besoin, des palettes de bois permettent de surélever les balles et de générer une circulation d’air en-dessous. Bien entreposé, le foin est bon pour longtemps!




7) Analyse de qualité


Pour connaître la réelle valeur nutritive du foin, une analyse en laboratoire est nécessaire.


À défaut, l’analyse visuelle, tactile et olfactive vous donnera de bons indices : quelle est la couleur? La texture est-elle souple, mais bien sèche? Y-a-t-il beaucoup de feuilles par rapport aux tiges, et peut-on reconnaître la variété des plantes (mil, brome, luzerne, trèfle ou autre) ? Est-ce que le foin présente une odeur franche et agréable à respirer?


Dans tous les cas, il est important d’ouvrir les balles quelques jours après la récolte, pour vérifier que le foin ne « chauffe » pas au centre... Et mieux vaut attendre ce moment avant de conclure l'achat ou d'entreposer le tout : ceci vous évitera beaucoup de soucis, de temps, de labeur et de pertes financières!




8) Prix


Plusieurs vendeurs et acheteurs de foin s’entendent sur un prix « par balle ». Or, ceci peut être avantageux pour l’un ou l’autre, en fonction de la grosseur et du poids des balles (si le foin est pressé « serré » ou non). Nous conseillons plutôt de négocier le prix au poids brut, lorsque possible.


Le prix du foin varie énormément en fonction des régions et de la disponibilité:


Nous avons connu des tarifs aussi bas que 3,50$ et aussi élevés que 7$ pour une balle moyenne d'environ 35-40 lbs, mais le prix normal se situe autour de 4,50$ sur la rive-sud de Montréal.

Si vous avez la capacité d’entreposage, il est donc préférable d’acheter votre foin en saison et de le stocker pour l’année, afin d’éviter les mauvaises surprises.


Il est aussi important de prévoir les frais de livraison et de main-d'oeuvre, lorsque requis.


Nous croyons important de souligner que la culture de foin n’est pas « payante » pour un agriculteur, comparativement aux autres cultures. En effet, elle requiert une machinerie très coûteuse, une grande superficie de terre, des bâtiments pour l'entreposage et beaucoup de travail physique pour en arriver à un produit de qualité. En plus, c’est une des récoltes les plus facilement « manquées » en raison des conditions météo spécifiques requises.


En bref, la culture du foin pour chevaux s'avère capricieuse, laborieuse et coûteuse, ce qui explique pourquoi peu d'agriculteurs veulent continuer à l’offrir et la fluctuation des prix.


Il va sans dire, nous apprécions énormément nos producteurs, qui se font de plus en plus rares!




Quels choix sont faits par Espace Équestre?


Après plusieurs essais et recherches, voici nos choix pour la production de foin:


- Composition 100% graminées:


Nous avons semé 2 variétés de mil, 2 variétés de brome et du dactyle.

Parfois il y a un peu de trèfle blanc ou rouge qui "s’incruste" naturellement, mais rarement plus de 10% de la récolte... Nous avons fait ce choix de semis pour faciliter le temps de séchage et pour obtenir un apport protéique moins élevé (+/- 12%) : étant donné que nos chevaux ont du foin à volonté, nous voulons éviter que l'apport soit trop riche, quitte à servir de la luzerne cubée en complément, si nécessaire.


- Variétés de semis "natifs" et biologiques, plutôt que les variétés et cultivars conçus pour une plus grande productivité.


- Foin de première coupe


- Fauche avant 10h le matin (lorsque possible) afin de diminuer l’apport en sucres pour notre jument résistante à l’insuline..


- Engrais de fumier de cheval (composté) appliqué une fois par année, à l'automne.


- Aucun pesticide, herbicide ou produit de conservation.



Conseils d'achat


Si nous devons acheter du foin et que le fournisseur est davantage spécialisé en production laitière, nous demandons un « foin pour vache tarie ». Nous excluons systématiquement les producteurs qui utilisent régulièrement du "Round-up" ou des engrais chimiques entre chaque coupe.


Ensuite, nous allons voir la récolte avant l’achat, pour s’assurer qu’il n’y ait aucune moisissure et que le poids des balles soit conséquent avec le prix. Sur place, nous n'hésitons pas à ouvrir quelques balles pour en vérifier le centre.


Ceci dit, nous avons maintenant un producteur fiable et très soucieux de nous vendre la qualité demandée. Depuis plusieurs années, il est devenu notre unique fournisseur, et nous n'avons pas été déçus!


Il s'agit de Norfoin inc.:


Ce producteur a développé un séchoir artificiel pour ajuster le taux d’humidité de la récolte en cas de mauvaise météo, donc il peut garantir l’absence de moisissures. Le service est impeccable, et la vente se fait en calcul du poids : il y a d’ailleurs plusieurs formats de balles disponibles selon les capacités d’entreposage, dont des balles « compactées » qui prennent 1/3 de l’espace normal!

Nous le recommandons et ce, même si vous n’êtes pas dans la région, car la livraison est offerte à peu près partout. En plus, vous pouvez poser n’importe quelle question concernant la qualité du foin : s’il n’a pas la réponse, il va certainement la trouver!


En conclusion


En terminant, il est à noter que le foin est un aliment "carencé", c'est à dire qu'il ne peut pas, à lui seul, combler tous les besoins nutritifs des chevaux. Un foin de qualité vous permettra cependant de réduire au minimum la quantité de moulée et de suppléments à servir pour compléter la ration, en plus de réduire les risques potentiels de troubles digestifs et autres.


Selon nous, un foin de qualité "cheval" est composé majoritairement de graminées de première coupe, il est vert, souple, bien sec et il sent bon. À l'analyse chimique, les sucres sont faibles et la teneur en protéines se situe autour de 12%.


Pour chaque récolte de foin, il est important d'en connaître la valeur nutritive par l'analyse chimique, afin de complémenter la ration des chevaux en conséquence. Un nutritionniste équin pourra vous assister dans cette démarche.


Voilà, nous souhaitons que cet article puisse éclairer vos choix, en fonction de vos besoins! Bonnes récoltes!



639 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout
bottom of page